Femme ingénieurE
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’ENSICAEN donne la parole à quatre femmes engagées dans l’ingénierie et l’enseignement supérieur. Qu’elles soient diplômées, enseignantes-chercheuses ou étudiantes, elles partagent leurs ambitions, leurs défis et leurs perspectives sur l’avenir.
Convaincue du rôle essentiel des femmes dans les progrès technologiques, scientifiques et sociétaux, l’ENSICAEN mène un programme toujours plus ambitieux pour promouvoir la place des femmes au sein de l’école d’ingénieurs et dans les laboratoires de recherche. La parité entre les hommes et les femmes est un défi primordial pour penser le monde de demain dans toute sa diversité et pour l’ensemble de la société.
Marie-Laure Mauborgne
Advisor en physique nucléaire SLB France
Diplômée de l’ENSICAEN en Génie physique et systèmes embarqués en 2002, Marie-Laure Mauborgne obtient un doctorat au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) en 2005. Curieuse de découvrir le secteur industriel, elle continue son parcours par un post-doctorat chez SLB, fournisseur leader de services technologiques et de solutions d’information pour les entreprises du secteur du gaz et du pétrole. Après quelques années enrichissantes avec des responsabilités plus étendues aux Etats-Unis, elle revient en France pour occuper le poste de physicienne nucléaire.
Lire le témoignage de Marie-Laure Mauborgne
Marie-Laure Mauborgne effectue son premier et unique véritable entretien chez SLB pour obtenir son post-doctorat en 2005. Elle s’y rend sans réelle préparation, convaincue que ce poste n’est qu’une étape transitoire avant un retour à la recherche publique. L’entreprise lui offre pourtant bien plus : un environnement où la reconnaissance par les pairs est structurée, notamment via une échelle de progression technique indépendante du management. Rapidement, elle est identifiée comme experte dans son domaine et progresse rapidement.
Chez SLB, la mixité est un enjeu assumé, avec une ambition claire : atteindre au moins 20% de femmes dans les fonctions techniques. Cette culture facilite son intégration, même si, comme beaucoup de femmes scientifiques, elle a appris très tôt à évoluer en minorité numérique. Les obstacles existent toutefois. Les biais inconscients aussi. Elle se souvient d’une discussion avec un manager à propos d’un poste à l’étranger : « Mais comment votre mari va-t-il faire s’il doit vous suivre ? ». Sa réponse est sans équivoque, ce n’est pas un sujet ! Quelques mois plus tard, ce même manager lui proposera une opportunité à l’international !
💬 « Le syndrome de l’imposteur est tenace, même quand tout prouve que vous êtes légitime. »
Malgré les promotions, la reconnaissance des mentors, le doute est omniprésent. J’observe que beaucoup de mes collègues femmes doutent elles aussi à moins d’être compétentes à 120%. Prendre conscience de ce mécanisme est essentiel pour qu’il ne devienne pas un frein, mais un temps de réflexion constructif. Réussir à s’affirmer permet de surmonter bons nombres de difficultés !
Lors de mon premier contrat à durée déterminée, j’ai réalisé qu’un collègue se présentait implicitement comme mon supérieur hiérarchique, me déléguant des tâches sans lien avec mon projet. Après clarification auprès de la hiérarchie, la situation change radicalement puisque je suis amenée à évaluer le travail de ce collègue. Lorsque j’ai demandé à ne plus collaborer avec lui, ma demande a été acceptée. Plus tôt, durant ma thèse à Los Alamos, j’étais la seule femme physicienne parmi plus de quarante chercheurs. Lors d’une présentation, un collègue m’a même demandé pourquoi je n’étais pas mariée…
Travailler la confiance en soi finit toujours par payer !
Ces expériences m’ont appris une chose essentielle : il est important d’oser parler, de s’appuyer sur des alliés. Il existe au sein des entreprises des soutiens pour lutter contre les discriminations, encore faut-il les activer. Il ne faut pas hésiter à discuter avec les ressources humaines.
Mon Leadership au féminin
« Être reconnue experte est un confort incroyable.
C’est une source de motivation immense, une vraie bouffée d’oxygène dans mon organisation !
J’ai progressivement accédé à des responsabilités sur un plan technique puis managérial. À la fin de la période COVID, j’ai atteint le plus haut niveau d’expertise. De nombreux experts seniors quittent alors l’entreprise. Du jour au lendemain, les « filets de sécurité » disparaissent et je deviens référente : j’accompagne et je soutiens les juniors ; je prends des décisions techniques majeures et je participe aux réflexions stratégiques sur l’avenir de l’entreprise. J’ai moi-même bénéficié de l’encadrement de mentors exigeants et bienveillants qui m’ont poussée à croire en moi. En France, j’ai même travaillé au sein d’une équipe majoritairement féminine, une équipe de physiciennes !
J’ai toujours réussi à concilier vie professionnelle et vie personnelle. Le télétravail, pratiqué dès la thèse, a été déterminant. Mon conjoint me soutient au quotidien et mes managers me laissent une grande liberté d’organisation.
Construire, choisir, oser
« J’ai surtout cherché à relever des défis techniques passionnants. »
Dès le cours préparatoire, grâce au plan « Informatique pour tous » de Laurent Fabius, puis avec un Atari, un premier PC et l’arrivée d’internet à la fin des années 1990, l’informatique entre progressivement dans la vie de Marie-Laure Mauborgne. En classe préparatoire, elle se passionne pour l’algorithmique et décide alors de s’orienter dans l’informatique. Elle choisit d’entrer en école d’ingénieurs, sans se projeter ni comme ingénieure, ni comme manager. Au cours de la formation, un virage s’opère, Marie-Laure Mauborgne se passionne pour l’instrumentation et la physique nucléaires. Influencée par son père, convaincu que la recherche publique lui offrira plus de perspectives que l’industrie, elle choisit de réaliser ses stages au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).
« À ce moment-là, je me voyais chercheuse. L’industrie ne faisait pas partie de mon plan. »
Doctorat en poche, Marie-Laure Mauborgne cherche une opportunité pour obtenir un post-doctorat. Une offre pour un poste de physicienne nucléaire dans l’exploration pétrolière chez SLB attire son attention. Par curiosité, elle se rend à l’entretien et découvre des défis techniques complexes, une ingénierie de haut niveau, des problématiques concrètes et ambitieuses.
Son début de carrière chez SLB n’est pas simple : elle travaille seule sur un projet piloté depuis l’étranger. Pourtant, au bout de neuf mois, le groupe SLB lui propose un contrat à durée indéterminée dans le cadre du développement d’un nouveau projet stratégique. Elle accepte le poste. Vingt ans plus tard, elle continue d’évoluer au sein du groupe SLB dans lequel elle s’est progressivement construit une réputation d’experte fiable et engagée.
« Mon poste aux États-Unis a été un véritable accélérateur ! »
Chaque année, mes missions prennent une dimension nouvelle, avec des responsabilités toujours plus étendues, une ouverture à d’autres domaines et une implication active dans des groupes de réflexion.
La recette de mon succès :
– Rendre visible mon travail et mes compétences,
– Accomplir des défis techniques complexes, me porter volontaire sur des projets variés,
– Participer aux réflexions d’innovation au-delà de son périmètre immédiat.
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📣Son message aux futures ingénieures : C’est important d’exprimer ses ambitions : dites ce que vous voulez et revenez à la charge si nécessaire. Faire preuve d’obstination, avec discernement, est une preuve de motivation. Les biais inconscients existent encore, il ne faut pas avoir peur de les dénoncer pour les dépasser. Foncez, soyez curieuses, ne vous autocensurez pas : tenter apporte toujours quelque chose. Et se tromper fait partie de l’apprentissage. |
Hélène Hihi
Elève-ingénieure en 2e année à l’ENSICAEN
Passionnée de physique depuis l’enfance, Hélène Hihi est en deuxième année du parcours “Ingénierie physique et capteurs” à l’ENSICAEN. Après un détour volontaire dans un lycée littéraire pour vérifier que son attrait pour les sciences n’est pas uniquement le fruit de son environnement, le verdict est sans appel : elle aime la littérature, mais pas au point d’y consacrer ses journées. La physique, elle, s’impose comme une évidence ! Hélène Hihi intègre alors une classe préparatoire aux grandes écoles. Elle envisage aujourd’hui plusieurs projets professionnels : poursuivre en doctorat et devenir ingénieur de recherche ou travailler dans la R&D en industrie.
Lire le témoignage d'Hélène Hihi
💬 « J’ai toujours voulu faire de la physique »
Enfant, mon père, professeur de physique-chimie, me parlait des mystères de l’univers avec la même passion que de la mythologie ou des super-héros. Très tôt, la fascination s’installe. Pourtant, je choisis volontairement de prendre un détour afin de m’assurer que mon choix pour les sciences n’est pas uniquement le fruit de mon environnement. J’intègre un lycée très littéraire, en section internationale. Pendant trois ans, j’évolue dans un univers artistique et multiculturel. Le verdict est sans appel : j’aime la littérature, mais pas au point d’y consacrer mes journées. La physique, elle, s’impose comme une évidence !
Attirée par le défi intellectuel et l’encadrement exigeant, je choisis de poursuivre en classe préparatoire aux grandes écoles. J’intègre ensuite l’ENSICAEN pour son lien avec la recherche, et l’éloignement de ma ville natale de façon à marquer une nouvelle étape. Aujourd’hui encore, j’hésite entre recherche et ingénierie, mais une chose est sûre : je veux rester au plus proche de la physique, cette discipline me passionne depuis toujours.
La devise de mes parents :
« Tu feras ce que tu veux tant que cela te rend heureuse ! »
Jusqu’ici, j’ai surtout observé les inégalités femmes-hommes, sans en être directement victime. Élevée par un père professeur de physique-chimie et une mère cadre d’entreprise, fille unique dans un environnement peu genré, je n’ai jamais été orientée vers un métier plutôt qu’un autre.
Ce n’est qu’au lycée, puis en prépa, qu’elle découvre la persistance des disciplines genrées. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
👉 60 à 70 % de filles dans son cursus littéraire au lycée,
👉 environ 40 % de femmes dans les spécialités scientifiques,
👉 entre 20 et 40 % en classe prépa, sauf en biologie !
👉 Des écarts similaires en école d’ingénieurs – parité en chimie mais seulement 15% de femmes en mathématiques, informatique et systèmes embarqués
« Tu es comme un mec »
ou au contraire « C’est encore un truc de fille »
J’observe aussi un phénomène de mimétisme auquel se conforment beaucoup de femmes dans les milieux scientifiques. Cette tendance, plus ou moins volontaire, d’adopter un comportement communément associé aux hommes au sein de groupes majoritairement masculins m’interroge sur l’égalité réelle d’accès aux carrières scientifiques.
« Une femme n’est en rien moins légitime qu’un homme pour occuper un poste à responsabilités »
Je pense que les rôles sociaux assignés aux femmes leur permettent de développer des compétences précieuses en termes de management : écoute, analyse fine des relations, capacité à construire sur le long terme ! N’ayant pas encore intégré le monde du travail,ma réflexion sur les fonctions dirigeantes est avant tout théorique. Une chose me semble pourtant évidente : une femme n’est en rien moins légitime qu’un homme pour occuper des postes à responsabilités.
« L’équilibre vie pro, vie perso, une question de génération. »
J’appartiens à une génération pour qui l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est une priorité assumée ! Le stress et l’investissement personnel liés aux postes à responsabilités me questionnent sur l’équilibre à trouver notamment dans la perspective de fonder une famille. Je ne me projette pas dans un rôle de dirigeante, les dimensions RH ou financières m’attirent en effet beaucoup moins que la technique et l’interdisciplinarité scientifique.
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📣Son message aux futures ingénieures : L’idée de ne pas pouvoir faire carrière dans les sciences parce qu’on est une femme ne m’a jamais traversé l’esprit. J’attribue cette confiance à un environnement familial et amical extrêmement soutenant. « Tant que les gens que je respecte me jugent compétente, le reste n’a pas d’importance »… C’est important de faire ce qui nous anime et de nous entourer de personnes qui croient en nous. Le regard des autres perd ainsi de son poids et chacune peut ainsi trouver sa juste place ! |
Noriane Cavalier
Product Manager chez HiPay,
Ingénieure Informatique, ENSICAEN promotion 2021
Diplômée ENSICAEN en Informatique en 2021, Noriane Cavalier évolue dans le domaine de la prestation de services numériques dans lequel elle met à contribution son expertise technique et sa passion pour l’expérience utilisateur. Après des plusieurs missions de conseil et de formation des équipes, elle occupe aujourd’hui un poste de Product Manager chez HiPay. Le plus dur, selon elle, est d’initier le mouvement. Une fois le bon domaine trouvé, le plaisir du travail devient un moteur puissant. Il permet de relativiser les remarques, de surmonter les obstacles, de continuer à avancer. « Si on aime être là, ça coupe l’envie aux autres de nous rabaisser. »
Lire le témoignage de Noriane Cavalier
J’ai grandi dans un environnement familial où filles et garçons étaient encouragés de la même manière, à donner le meilleur de soi-même, quel que soit le chemin choisi. Bonne élève en sciences, curieuse de comprendre comment le monde fonctionne, je nourris très tôt un rêve : transmettre ! Je me projette alors institutrice, puis professeure de mathématiques !
💬 « Le code : le mélange parfait entre langues, logique et mathématiques. »
Le déclic arrive en classe de première, lorsqu’une professeure de mathématiques inscrit la classe au concours Castor, un concours de logique et d’algorithmique. Je réussis au premier tour, poursuis les épreuves suivantes, découvre Python grâce aux cours en ligne proposés par l’organisation… et c’est une révélation !
À partir de là, une évidence s’impose : je travaillerais dans l’informatique ! Avec une ambition forte, presque citoyenne : me spécialiser en cybersécurité pour « protéger mes concitoyens ». Je choisis une prépa maths, option informatique, puis je sélectionne toutes les écoles d’ingénieurs proposant un parcours en cybersécurité. Classée parmi mon top 5, l’ENSICAEN devient mon école.
Un imprévu modifie toutefois mes plans : pour des raisons de santé, je ne peux pas intégrer l’armée. Mais loin d’être une fin, c’est une ouverture. À l’ENSICAEN, je découvre le epaiement, un univers technique, stratégique et passionnant, dans lequel j’évolue aujourd’hui.
« Tergiverser sur la façon de s’habiller pour éviter les réflexions sexistes »
Depuis le lycée, j’évolue dans des environnements majoritairement masculins. En prépa, cette réalité s’accentue, sans jamais être un frein. Je me sens à l’aise avec mes camarades, indépendamment du genre.
La première vraie confrontation a lieu lors de mon premier stage en entreprise, en première année d’école d’ingénieurs. J’intègre une petite équipe réseau composée exclusivement d’hommes. L’un d’eux adopte un humour ouvertement sexiste. Lorsque l’été arrive, les remarques s’enchaînent : « C’est plus sympa que les gros pulls ! Ça fait plus plaisir ». Je commence par modifier mes habitudes, je rate mon bus le matin à force de tergiverser sur la façon de m’habiller pour éviter les réflexions.
Puis je comprends que le vrai problème, ce ne sont pas mes vêtements. Je décide d’ignorer tout en continuant de me protéger.
« Jeune, donc pas légitime ?
Il faut trouver la force de s’affirmer ! »
Depuis, j’ai travaillé dans cinq autres entreprises, je n’ai plus rencontré ce type de comportement sexiste. Mais d’autres remarques persistent, plus insidieuses, liées cette fois à mon âge. Dans de grandes institutions, je suis souvent l’une des plus jeunes. Les remarques, pour ne pas dire les réflexions arrivent : « Mistinguette » ; « Tu pourrais être ma petite sœur » ; des attitudes qui minimisent, discréditent les jeunes femmes. J’observe beaucoup d’injustices : les alternants, pourtant plus jeunes que moi ne subissent pas ces remarques.
J’ai appris à puiser en moi pour ne rien laisser paraître dans ces moments-là de façon à prouver, par la compétence, que je sais décider, analyser, agir. Je trouve à chaque fois des alliés : des collègues qui me font confiance, me soutiennent, me poussent à prendre sa place.
« Recrutée pour mes compétences,
la question de la rémunération est souvent restée délicate»
Dans l’informatique, les entreprises cherchent de plus en plus à recruter des femmes, pour tendre vers un meilleur équilibre. J’ai craint un temps la discrimination positive, mais je suis persuadée avoir été recrutée sur la base de mes compétences !
La question de la rémunération reste cependant délicate. Difficile de se comparer sans transparence. Mais elle identifie un vrai sujet : la négociation. Il faut demander pour avoir, or, les femmes ont souvent appris à se faire discrètes, à ne pas trop en demander, freinées par le syndrome de l’imposteur. Et aucun manager ne viendra spontanément proposer plus si l’on ne demande pas !
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📣Son message aux futures ingénieures : J’encourage sans hésitation les jeunes filles à se lancer. L’essentiel est d’oser tester pour trouver ce qui nous plaît vraiment. Une fois le bon domaine identifié, le plaisir au travail devient une force pour dépasser les obstacles et relativiser les remarques. Aimer ce que l’on fait se voit, c’est nécessaire pour s’imposer et gagner le respect ! |
Patricia Jouannot-Chesney
Maître de Conférences ENSICAEN
Enseignante Chercheuse en Matériaux et procédés au CRISMAT
Après un bac scientifique et des classes préparatoires à Caen, Patricia Jouannot-Chesney intègre l’école normale supérieure de Cachan avec une ambition claire : enseigner et transmettre. Elle obtient l’agrégation de physique appliquée et enchaine avec un diplôme d’études approfondies (DEA, aujourd’hui Master 2) en traitement du signal et automatique, avant de s’engager dans une thèse en physique des matériaux au Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur les Matériaux (LERMAT – aujourd’hui Cimap).
Aujourd’hui maître de conférences à l’ENSICAEN, elle mène des travaux de recherche sur des matériaux composites biosourcés, conciliant innovation scientifique et engagement environnemental.
Lire le témoignage de Patricia Jouannot-Chesney
« Nos parents nous ont encouragées, mes sœurs et moi,
à poursuivre des études supérieures »
Issue d’une fratrie de trois filles, Patricia Jouannot-Chesney grandit dans un environnement familial où l’on encourage les études supérieures sans distinction de genre. Son père, employé à la SNCF, et sa mère, fleuriste, transmettent à leurs filles une conviction simple : croire en leurs capacités et aller au bout de leurs ambitions. Après un baccalauréat scientifique, elle intègre les classes préparatoires scientifiques à Caen, suivant ainsi la voie ouverte par sa sœur aînée.
« Avec mes collègues, nous avons toujours été plus guidés
par l’intérêt scientifique que par l’ascension hiérarchique ! »
Enseignante-chercheuse à l’ENSICAEN et au Laboratoire de Cristallographie et Sciences des Matériaux (CRISMAT) depuis quelques dizaines d’années, j’ai construit une vision lucide et engagée de mon métier, entre volonté de transmettre aux jeunes générations et souhait de contribuer à une recherche porteuse de sens.
Si je n’ai jamais eu de soucis liés à mon genre dans l’exercice de mon métier, j’observe que l’accès aux promotions demeure plus difficile pour les femmes.
« Donner du sens à mon activité de recherche est essentiel »
Ce qui me plait le plus dans mon métier, au-delà du contact très vivifiant avec les étudiantes et les étudiants : concilier innovation scientifique et engagement environnemental !
Mes derniers travaux de recherche portent sur les matériaux composites biosourcés à base de fibre de lin. Le projet PROSPERITY mené en partenariat avec le groupe DEPESTELE et le laboratoire « Aliments bioprocédés toxicologie environnements » (ABTE) associe le lin avec des résines non pétro-sourcées pour créer un nouveau matériau biodégradable, issu à 100% de ressources renouvelables locales.
L’objectif est d’atteindre une production à l’échelle industrielle qui soit à la fois techniquement réaliste et économiquement viable, tout en intégrant dès la conception des scénarii de fin de vie responsables et maîtrisés.
« Faire évoluer durablement la place des femmes dans la recherche. »
Malgré les nombreuses campagnes pour encourager les jeunes filles à s’orienter vers les sciences, les résultats sont encore modestes, nous sommes toujours largement minoritaires dans les laboratoires.
Au-delà des campagnes de sensibilisation, j’estime qu’il faut améliorer le quotidien des femmes, ingénieures et chercheuses. Une égalité de la rémunération et de l’évolution de carrière représenterait un levier plus efficace !
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📣Son message aux futures ingénieures : J’ai la chance d’avoir côtoyé des femmes à forte personnalité. Elles m’ont montré qu’il est possible de traverser les épreuves sans jamais renier ses valeurs ! Croire en ses capacités et donner du sens à ses activités sont des clés pour préserver l’enthousiasme et évoluer dans les métiers de la recherche. |